Deux fruits, une seule branche. Devant l’auditeur, un organisme de formation et son formateur sous-traitant en sont là : ce que l’un ne fournit pas, l’autre le paie.
Depuis 2020, j’anime une bonne part de mes formations sous le nom d’organismes certifiés. Au 1er novembre 2026, la règle change de dix mots : la conformité du sous-traitant devra se lire dans le contrat lui-même.
Alors voici ce que je joins au mien. La suite explique pourquoi, et ce que vous pouvez exiger de tous vos intervenants.
Ce que je joins au contrat
Six pièces, remises à la signature. Pas à la troisième relance.
- 01Un CV datéÀ jour de l’année en cours, pas d’il y a quatre ans.
- 02Mes titres et certificationsLes pièces, pas la liste. Et elles correspondent au sujet animé.
- 03Une preuve de veilleCe que j’ai mis à jour dans mes supports, et quand.
- 04Mon numéro de déclaration d’activitéVérifiable en deux minutes sur la liste publique.
- 05L’attestation de vigilanceCelle de l’URSSAF, datée de moins de six mois.
- 06Mon assurance RC proEn cours de validité, attestation jointe.
Puis, après chaque session : émargements, évaluations des acquis, bilan du formateur. Sous un délai écrit dans le contrat.
Ce que dit le texte, au 21 septembre 2026
C’est la seule partie datée de l’article. Le reste décrit des mécanismes qui ne bougeront pas.
Le décret n° 2026-728 réécrit treize indicateurs du référentiel (le panorama complet est ici). Un seul nous occupe : le 27, celui de la sous-traitance.
L’obligation de vérifier existait déjà. Ce qui est nouveau, c’est l’endroit où la vérification doit se lire.
Quatre points à garder en tête, à cette date :
- Le guide de lecture n’est pas paru. Lui seul dira ce que l’auditeur attend. D’ici là, toute liste de « clauses obligatoires », la mienne comprise, reste une lecture raisonnable du décret.
- Dans le guide actuel, un écart sur le 27 est majeur, sans non-conformité mineure possible. Il précise aussi que les sous-traitants n’ont pas à être certifiés, hors cas prévus par la loi.
- Vos clients vont s’y mettre. La loi n° 2026-534 du 25 juin 2026 (article 95) étend au maître d’ouvrage, donc à votre client, le devoir de vigilance sur les sous-traitants. Décret d’application attendu avant fin décembre 2026.
- Sur le CPF, deux chiffres. Le micro-entrepreneur est dispensé de certification sous 83 600 € de chiffre d’affaires (le portail Mon Compte Formation affiche encore 77 700 €). Et un organisme ne sous-traite pas plus de 80 % de son chiffre d’affaires CPF.
Le contrat devient la pièce que l’auditeur ouvre
Jusqu’ici, l’auditeur demandait comment vous contrôlez vos sous-traitants, et vous racontiez votre processus.
La lecture la plus probable du nouveau texte : il prendra un intervenant dans votre planning des derniers mois et demandera son contrat. Il y cherchera trois choses.
- Ce à quoi le sous-traitant s’est engagé.
- Ce que vous avez vérifié avant de signer.
- Ce qu’il doit vous rendre après chaque session.
À retenir
Sous-traiter déplace le travail, pas la responsabilité.
Devant l’auditeur, le financeur et le stagiaire, tout reste à vous. Le contrat ne vous décharge de rien : il écrit qui produit la preuve.
Ce qu’un contrat de sous-traitance doit désormais porter
Je ne suis pas juriste, et ceci n’est pas un modèle de contrat. C’est ce que je m’attends à lire, côté sous-traitant, dans un contrat écrit par un organisme qui a compris le texte.
- Un engagement précis« Respecte les exigences Qualiopi » ne trace rien. Le contrat nomme les sujets qui concernent l’intervenant : adaptation au public, évaluation des acquis, abandons, handicap, compétences, veille.
- Les pièces annexées, datéesLa liste de ce que le sous-traitant a remis, avec la date. C’est elle qui prouve que la vérification a eu lieu avant la première heure de formation.
- Les preuves à rendre, et le délaiÉmargements, évaluations, bilan, supports réellement utilisés. « Dans les meilleurs délais » donne des émargements rendus en décembre pour une session de mars.
- Le suivi de l’intervenantObservation en salle, lecture des évaluations, point annuel : peu importe, tant que c’est écrit et tenu. Un suivi promis et jamais fait est pire qu’une clause absente.
- Le traitement des écartsPièce manquante, retour de stagiaire alarmant : qui alerte qui, sous combien de jours, et ce que ça déclenche.
- Pas de sous-traitance en cascadeObligatoire sur le CPF, saine partout ailleurs. Vous avez vérifié une personne, pas celle qu’elle enverra à sa place.
Bonne nouvelle
Rien n’impose de tout resigner. Ces six points tiennent en une page et une annexe : si votre contrat actuel vous convient, un avenant suffit.
Le dossier d’un formateur sous-traitant, pièce par pièce
Les six pièces du début ne sont pas de la paperasse. Chacune répond à une question que l’auditeur, ou l’administration, peut vous poser.
Déjà jugé
Le 16 avril 2025, le tribunal administratif de Montreuil a confirmé le rejet des dépenses d’un CFA qui avait fait intervenir deux sous-traitants non déclarés. La sanction : un versement au Trésor égal aux dépenses rejetées. Vérifiez le numéro avant la première intervention, pas au moment du contrôle.
La veille est la pièce la plus négligée, et sur mes sujets la plus importante. En IA générative, un support vieillit en quelques mois : modèles, tarifs, réglages de confidentialité. Mon article sur les données qu’on peut confier à une IA a une section à relire chaque trimestre pour cette raison.
Ce qui fait preuve : un journal daté des mises à jour du support, les formations suivies dans l’année, les certifications renouvelées.
Un formateur qui vous remet ce dossier sans que vous le demandiez vous épargne la collecte. Un formateur qui s’en agace vous renseigne aussi.
Le cas du CPF, plus strict que le référentiel
Quand l’action est financée par le CPF, une seconde couche s’ajoute : le décret n° 2023-1350, en vigueur depuis le 1er avril 2024. Elle ne laisse aucune place à l’interprétation.
Deux règles en plus : le contrat écrit porte des mentions fixées par le code du travail (missions, contenu et sanction, moyens, suivi, durée, période, montant), et la part sous-traitée est plafonnée. Sur la cascade, le texte est sans détour : « Le sous-traitant ne peut lui-même sous-traiter l’exécution de l’action qui lui a été confiée. »
C’est ma situation : je ne suis pas certifié à titre individuel, j’interviens pour des organismes qui le sont.
Trier vos contrats en une heure
- Sortez la liste de vos intervenants externes sur douze mois, formateurs portés compris. C’est dans ce planning que l’auditeur piochera.
- Ouvrez chaque contrat et cherchez trois choses : un engagement qui nomme des sujets, une liste datée de pièces, des preuves à rendre avec un délai.
- Faites trois tas. Le contrat complet, celui qu’un avenant complétera, et l’intervenant avec qui rien n’est écrit. Seul le troisième tas est urgent.
- Commencez par ceux qui animent avant votre prochain audit. Celui qui revient chaque semaine passe avant celui venu une fois il y a onze mois.
- Réclamez les pièces en une seule fois, avec la liste, et notez la date de réception. Cette date est la moitié de la traçabilité.
Trois idées fausses qui circulent déjà
On entend« Mon sous-traitant doit être certifié. »
En réalitéNon, hors CPF. Le guide de lecture l’écrit, et le décret ne revient pas dessus. L’exiger de tous vous priverait des meilleurs praticiens, qui pratiquent au lieu de tenir un système qualité.
On entend« Il faut un contrat de quinze pages. »
En réalitéLa traçabilité tient à ce qui est nommé et daté, pas au volume. Une page et une annexe feront mieux qu’un contrat-fleuve que personne n’a relu.
On entend« Avec la bonne clause, la responsabilité passe au sous-traitant. »
En réalitéC’est l’erreur la plus coûteuse. Une clause vous donne un recours contre l’intervenant. Elle ne retire rien à votre responsabilité devant le certificateur, qui n’audite que vous.
Ce changement est une bonne nouvelle pour les indépendants qui travaillent proprement : ce qui les distinguait sans se voir devient une pièce du dossier.
Si vous cherchez un intervenant sur l’IA générative, l’automatisation ou la cybersécurité, la page réservée aux organismes de formation dit comment je travaille en sous-traitance. Mes programmes sont publics, et mon parcours aussi.